Pourquoi une reprise de salon ne se limite pas au chiffre d’affaires
Reprendre un salon de coiffure permet de démarrer avec une clientèle, une équipe et un emplacement déjà exploités. Mais ces actifs peuvent aussi dissimuler des risques : bail fragile, matériel vieillissant, dépendance à quelques salariés ou chiffre d’affaires qui baisse. Avant de signer, il est donc essentiel d’examiner l’entreprise dans son ensemble et de distinguer l’achat du
fonds de commerce de l’achat des
titres de la société.
1. Examiner les comptes et la rentabilité réelle
Le chiffre d’affaires ne suffit pas à déterminer la valeur d’un salon. Demandez au cédant les comptes annuels des trois derniers exercices, les déclarations de TVA, les relevés de caisse et un état détaillé des charges. L’objectif est de reconstituer une rentabilité réellement disponible pour financer la reprise et vous rémunérer.
Vérifiez notamment :
- l’évolution du chiffre d’affaires par activité : coupe, couleur, vente de produits et prestations complémentaires ;
- la marge sur les produits revendus et le poids des achats ;
- le montant du loyer, des salaires, des cotisations sociales et des autres charges fixes ;
- les encaissements réellement déposés en banque et leur cohérence avec la caisse ;
- les éventuels abonnements, contrats de maintenance, crédits-bails et dettes fournisseurs.
Un excédent brut d’exploitation faible ou en recul doit être expliqué. Faites également établir un prévisionnel intégrant votre rémunération, les échéances d’emprunt, les travaux éventuels et un besoin de trésorerie de sécurité.
2. Contrôler le fonds, les titres et le prix demandé
Dans une cession de fonds de commerce, vous achetez principalement la clientèle, l’enseigne, le droit au bail et les éléments nécessaires à l’exploitation. Les dettes antérieures ne sont en principe pas reprises comme dans une cession de titres, mais les contrats transférés et les obligations attachées à l’activité doivent être vérifiés. Dans une cession de titres, vous reprenez la société avec son historique, ses actifs et ses passifs, y compris ceux qui ne seraient pas immédiatement visibles.
Le choix change fortement le niveau de risque. Une
garantie d’actif et de passif est généralement déterminante lors d’une cession de titres : elle doit prévoir précisément les événements couverts, la durée, les seuils, les plafonds et les modalités d’indemnisation. Faites vérifier l’acte par un avocat ou un notaire et le financement par votre expert-comptable. La [fiche officielle sur la vente d’un fonds de commerce](https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F22533) rappelle notamment les principales étapes et mentions de la cession.
3. Lire le bail commercial avant toute offre ferme
Le bail peut être l’un des actifs les plus importants du salon. Demandez le contrat initial et tous ses avenants, puis contrôlez :
- la durée restante et la prochaine échéance triennale ;
- le montant du loyer, l’indexation, les charges et la taxe foncière refacturée ;
- la destination autorisée : coiffure, vente de produits, esthétique ou autres activités ;
- les clauses d’agrément du repreneur et les conditions de cession ;
- la répartition des travaux et la conformité des locaux ;
- l’existence d’impayés, de litiges ou de congés déjà délivrés.
Un loyer inférieur au marché n’est pas forcément un avantage si une révision importante ou un renouvellement défavorable est proche. Demandez aussi si le bailleur doit intervenir à l’acte et obtenez son accord par écrit lorsque le contrat le prévoit.
4. Vérifier les salariés et la dépendance à l’équipe
Les salariés constituent souvent une part essentielle de la valeur d’un salon. En cas de transfert d’une entité économique conservant son identité, l’article [L1224-1 du Code du travail](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006900875) peut entraîner le maintien des contrats de travail. Le repreneur doit donc obtenir la liste des salariés, leur ancienneté, leur qualification, leur rémunération, leurs avantages, leurs congés acquis et les éventuels arrêts ou contentieux.
Analysez aussi la dépendance commerciale à une personne : un salon dont l’activité repose presque entièrement sur le cédant ou sur un coiffeur clé n’a pas la même valeur après son départ. Prévoyez, si nécessaire, une période d’accompagnement et une clause de non-concurrence rédigée de manière proportionnée et juridiquement valable.
5. Inspecter les locaux, le matériel et les obligations réglementaires
Réalisez une visite technique avec un professionnel si nécessaire. Listez l’âge et l’état des bacs, fauteuils, sèche-cheveux, caisse, climatisation, plomberie, ventilation et installations électriques. Un matériel présenté comme inclus dans le prix doit être identifié, valorisé et libre de tout crédit-bail ou nantissement.
Le salon reçoit du public : vérifiez donc les obligations applicables aux établissements recevant du public, notamment l’accessibilité et la sécurité. Le site [entreprendre.service-public.fr](https://entreprendre.service-public.fr/) présente les règles relatives aux ERP. Contrôlez également l’affichage des prix, les assurances, la gestion des déchets et les autorisations nécessaires à toute activité complémentaire. Enfin, la coiffure est une activité réglementée : vérifiez que l’exploitation respecte les conditions de qualification professionnelle prévues par la réglementation, présentées par la [fiche officielle dédiée à la coiffure](https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F37689).
6. Sécuriser la promesse et les conditions de signature
Ne signez pas un compromis sur la seule base d’un accord oral. L’avant-contrat doit décrire précisément les éléments cédés, le prix, les stocks, les conditions suspensives et le calendrier. Prévoyez notamment des conditions liées à l’obtention du financement, à l’accord du bailleur, à l’absence de nouvelle dette significative et à la remise de documents comptables complets.
Faites réaliser un état des stocks à une date proche de la cession et distinguez les produits vendables des références anciennes ou invendables. Vérifiez les inscriptions éventuelles sur le fonds au moyen des informations disponibles auprès du [registre national des entreprises](https://formalites.entreprises.gouv.fr/). Cette phase de contrôle, souvent appelée audit ou due diligence, peut justifier une renégociation du prix ou l’abandon du projet lorsqu’un risque majeur est découvert.
FAQ : les questions fréquentes avant une reprise
Combien d’années de comptes faut-il demander ?
Trois exercices permettent généralement d’observer une tendance, mais il faut aussi demander les chiffres de l’exercice en cours, les justificatifs de caisse et les éléments postérieurs à la dernière clôture.
Faut-il acheter le fonds ou les parts de la société ?
Il n’existe pas de réponse universelle. L’achat de titres permet de reprendre la société existante, avec son historique et ses risques. L’achat du fonds limite généralement le périmètre repris, mais impose de sécuriser les contrats, le bail et la continuité de l’exploitation.
Peut-on reprendre un salon sans être coiffeur ?
La réponse dépend de la personne qui assure effectivement le contrôle professionnel de l’activité et de la réglementation applicable. Il faut vérifier les conditions de qualification auprès de la Chambre de métiers et de l’artisanat ou de la fiche officielle consacrée à la coiffure avant de signer.
Quand faire intervenir un expert-comptable ?
Le plus tôt possible : il peut contrôler la rentabilité, construire le prévisionnel, tester le prix et analyser l’impact du financement. Un avocat ou un notaire doit également relire l’avant-contrat et les garanties juridiques.